THÉRAPIES DE GROUPE ET GROUPES DE PAROLE




Un complément aux autres prises en charge


Importance du groupe de parole :



L’évolution identitaire est grandement facilitée par la rencontre de semblables.
 Elle permet au nouveau venu d’accepter progressivement un changement de norme. Il peut passer d’un état où il considère qu’il boit « comme tout le monde » à l’acceptation, puis la revendication de son identité de dépendant.


 Pour l’alcoolique, par exemple, être abstinent devient un signe de singularité au sein d’une société qui s’alcoolise. Le sujet renforce l’idée, grâce à un travail de réflexion et d’introspection du groupe, qu’il souffre d’une maladie qui le distingue des autres. Le groupe va lui permettre de valoriser cette nouvelle appartenance en devenant un de ses membres : un abstinent. Cette expérience unique soude les membres du groupe entre eux. L’abstinence devient une véritable valeur identitaire qui aura d’autant plus de poids que l’entourage thérapeutique y souscrira.

Fort d’une expérience de près de 30 ans, nous avons développé un programme spécifique et performant, inspiré du Modèle Minnesota, comportant 6 étapes au lieu de 12 et que nous proposons soit :
- En binôme
- En petit groupe (jamais plus de 4 participants)


Et ce allant de 12 à 52 semaines.



Re-positionnement spatio-temporel



Nous proposons des groupes de parole, dès le début de thérapie, à la plupart des gens que nous accompagnons dans cette démarche.

Il faut, cependant, faire attention à la « levée de boucliers » du patient dépendant qui peut « ne pas désirer rencontrer d’autres dépendants ». Le fait que le psychothérapeute soit lui même un dépendant rétabli aide le patient à « baisser la garde ». En effet, le thérapeute impliqué activement dans cette proposition peut expliquer, de par son expérience, que le patient lui-même peut également apporter son expérience et, par la même occasion, apprendre du groupe. Pour un patient, participer à un groupe revient à prendre le risque d’être confronté à de « vrais » dépendants, ceux-là mêmes qui fantasmatiquement ne sont « pas comme lui ». Bien souvent, l’acceptation de cette rencontre sera conçue pour le patient comme un moyen de vérifier que « rien » ne le relie au groupe.


Le témoignage de nombreux patients nous a conduit à considérer que l’expérience d’une participation au groupe constitue le meilleur moyen de revenir sur les représentations négatives et de remanier les fausses croyances concernant « les groupes des dépendants » et les « dépendants ».


L’absence de tour de table et d’obligation de prendre la parole sont des éléments centraux du fonctionnement du groupe, permettant de diminuer l’angoisse liée à l’idée de devoir s’exposer. La participation silencieuse et l’écoute des échanges favorisent, dans un premier temps, le travail d’acceptation et d’identification.



Résistance au groupe de parole ? Rencontre avec les anciens ...



Dans le cas où le patient est véritablement réticent à une participation au groupe de parole, une rencontre avec d’anciens patients rétablis, issus ou non de groupe d’entraide, lui sera proposée. En effet, l’intérêt du groupe est de rencontrer des personnes qui ont vécu l’expérience de la maladie. Après une première approche duelle, le passage vers le groupe d’entraide est souvent plus facile.



Historique et définition du groupe d’entraide



En 1905, J. H. Pratt est le premier à expérimenter la thérapie de groupe comme méthode de traitement sur des patients tuberculeux. Cette méthode, constituée au départ pour des raisons d’économie et de temps, s’est révélée efficace. Le groupe exerce une influence positive sur l’individu. C’est cependant à J. L. Moreno que l’on doit les termes de « thérapie » ou de  « psychothérapie de groupe » (1930).


Le développement des thérapies de groupe connut une ascension fulgurante au cours de la seconde guerre mondiale. Elles furent nourries par de nombreux courants théoriques, de la psychanalyse aux approches cognitivistes ou psycho-sociales. Les thérapies de groupe ne sont pas considérées comme des traitements de référence par tous les programmes de soins. Elles sont, cependant, régulièrement appréciées et utilisées par les praticiens. Il est possible d’en donner la définition suivante :


« La thérapie de groupe permet de mettre en présence des sujets présentant les mêmes conduites, facilitant la reconnaissance des troubles et rompant avec le déni qui les entoure ».

G. Dufayet, psychologue clinicien, département de psychiatrie et d’addictologie, hôpital Bichat-Claude-Bernard – Beaujon, AP-HP, Paris. M. Claudon, psychologue clinicienne, département de psychiatrie et d’alcoologie, hôpital Bichat-Claude-Bernard, AP-HP, Paris.


Cette approche est devenue thérapeutique dans les années 1940–1950. Outre-Atlantique, les groupes d’entraide sont incontournables dans le traitement des malades dépendants. 

Depuis 1956, ils s’appuient essentiellement sur le « modèle Minnesota ».Ce dernier est proposé en institution aux malades dépendants. Il associe la méthode des 12 étapes des Alcooliques Anonymes à la psychothérapie. Malgré un taux de succès impressionnant, cette approche n’est que peu développée en France.



L’addiction un mal familial
Avoir enfin la possibilité de mettre des mots sur des maux

L’accompagnement thérapeutique doit aussi intégrer la prise en charge des familles et de l’entourage. L’apport des membres de la famille de l'addict (par le biais d'un « questionnaire des proches » envoyé à ces derniers) est essentiel au rétablissement et à une sobriété heureuse et durable. 

« L'alcoolisme est un « mal familial ». 

Ce besoin compulsif de boire affecte le buveur et il affecte également les relations du buveur ; son travail, ses amitiés, ses amours, son mariage, son rôle d'enfant ou de parent, rien n'échappe aux conséquences de l'alcoolisme. Ces relations particulières par lesquelles une personne établit vraiment des rapports étroits avec un alcoolique sont les plus affectées, et les gens qui sont le plus profondément atteints par le comportement d'une autre personne sont ceux qui lui portent le plus d 'affection. Ils réagissent au comportement de l'alcoolique. Ils constatent que sa consommation d'alcool est devenue exagérée et ils essaient de la contrôler. Ils ont honte des scènes en public, mais dans l'intimité ils essaient de prendre la situation en main. Avant longtemps ils se sentiront blâmables et endosseront les maux, les craintes, la culpabilité de l'alcoolique.

Ces personnes bien intentionnées commencent à compter le nombre de verres ingurgités par l'autre. Elles jettent des boissons coûteuses dans l'évier, fouillent la maison à la recherche de bouteilles cachées, tendent l'oreille pour entendre ouvrir les cannettes. Toute leur attention est concentrée sur ce que l'alcoolique fait ou ne fait pas et sur les moyens de l'arrêter de boire. C'est là leur obsession.

Il est pénible de regarder un être humain se détruire lentement par l'alcool. Alors que l'alcoolique ne semble pas se préoccuper de ses factures, de son emploi, de ses enfants, de sa santé, ses proches commencent à s'inquiéter. Ils font l'erreur de le protéger. Ils règlent tout à sa place, lui trouvent des excuses et font de pieux mensonges pour sauver des relations qui se détériorent. Leur inquiétude ne fait qu'augmenter. C'est là leur anxiété .

Tôt ou tard la conduite de l'alcoolique finit par irriter ceux qui l'entourent. Ils se rendent compte que l'alcoolique ne prend pas ses responsabilités, qu'il ment, qu'il les manipule. Ils commencent à avoir l'impression que l'alcoolique ne les aime pas et ils veulent lui rendre la pareille, le punir, lui faire expier les souffrances et les frustrations causées par sa façon incontrôlable de boire. C'est là leur colère.

Les proches de l'alcoolique commencent alors à jouer la comédie. Ils acceptent ses promesses, ils croient, ils veulent croire que le problème n'existe plus chaque fois que le buveur connaît une période d'abstinence. Même quand le gros bon sens leur dit qu'il y a quelque chose d'anormal dans la façon dont l'alcoolique boit et raisonne, ils continuent à dissimuler ce qu'ils ressentent et ce qu'ils savent. C'est là leur négation.

Il est probable que le tort le plus grave causé à ceux qui ont eu à passer une partie de leur vie auprès d'une personne alcoolique soit cette impression persistante d'être toujours en défaut d'une manière ou d'une autre : ils n'ont pas été à la hauteur de la situation, ils n'ont pas été assez séduisants, ils n'ont pas été assez intelligents pour régler ce problème à la place de l'être cher. Ils croient qu'il y a quelque chose qu'ils ont fait ou n'ont pas fait. Ce sont là leurs sentiments de culpabilité. »

Extrait du manuel de service Al-Anon/Alateen pages 22, 23.
Reproduit avec la permission de Al-Anon Family Group Headquarters, Inc., Virginia Beach, VA.